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Histoire de Capbis.

 

De 1127 à 1769,

L'histoire de Capbis est à ses origines intimement liée à celle de l'abbaye de Sauvelade.

Gaston IV le Croisé, vicomte de Béarn, fonde l'Abbaye de Sauvelade en 1127. Les abbés reçoivent entre 1131 et 1134 le droit de s'installer où bon leur semble dans le Haget de Buzy s'étendant de Saint-Pé de Bigorre à Buzy. Ils le font sur le chemin du Piémont pyrénéen au lieu-dit « Cap deü Beez » qui deviendra Capbis. Un des descendants de Gaston IV, Centule VI, confirme la donation et fixe le territoire de Capbis en 1195. Ce territoire est pris sur celui des communautés de Louvie-Juzon (Lobier) et d'Asson (Assoo). Les abbés y installent une « grange » autour de laquelle arrivent les premiers « feux », les maisons des premiers habitants. La grange est mentionnée dans une bulle papale datant de 1235.

Un premier dénombrement (recensement) datant de 1385 fait état de la grange, composée d'une habitation et d'une chapelle, et de trois feux.

Entre le 12ème et le 16ème siècle les habitants de Capbis obtiennent l'autorisation de laisser pacager leurs troupeaux et de couper du bois sur les montagnes d'Asson et de Louvie-Juzon. Les habitants de Bruges, dont la bastide est fondée en 1357 obtiennent les mêmes droits sur les mêmes montagnes, ce qui « animera » les relations entre les communautés dans les siècles à venir.

Un autre dénombrement de 1538 fait état de ces droits et évoque la grange, la chapelle, les feux et un moulin près du Bazest. Les troubles liés aux guerres de religion entrainent en 1569 la saisie des biens du clergé ainsi que la dégradation puis l'abandon de la grange de Capbis et de sa chapelle.  L'édit de Nantes met un terme aux guerres de religion et les abbés reprennent possession de leurs biens à partir de 1620. Durant cette période, les habitants des communautés voisines ont pris l'habitude de venir faire paître leur bétail sur le territoire de Capbis.

En 1651, le pape nomme Jacques de Boyer, chanoine de la cathédrale de Toulouse, commendataire de l'Abbaye de Sauvelade. Celui-ci fait restaurer la grange et la chapelle, vient y résider, et entreprend, à l'issue de plusieurs procès gagnés, de reprendre les territoires perdus. Malheureusement, à l'issue d'un complot fomenté par les communautés voisines, Jacques de Boyer et son aumônier sont assassinés. La grange et la chapelle sont pillées et laissées à l'abandon.

Le siècle qui suit donne lieu à une série de procès entre les abbés, les habitants de Capbis qui commencent à s'organiser et les trois communautés voisines de Louvie, Asson et Bruges.

Le territoire de Capbis continue de se peupler. On compte 23 familles en 1743, 34 en 1762 avec 189 habitants. Depuis la fin du 17ème siècle les habitants couplent leur activité pastorale à une activité artisanale de cloutiers en liaison avec les forges de la vallée de l'Ouzom. D'où le surnom de « clabetous » qui leur est donné.

Capbis compte également deux forges hydrauliques (« martinets ») qui fabriquent en grandes quantités des outils agricoles et des aciers.

 

En 1766, les syndics de Capbis, menés par Bésiat, demandent aux évêques de Lescar et d'Oloron l'autorisation d'ériger une église à proximité de l'ancienne chapelle. Après enquête et malgré l'opposition des voisins, ils obtiennent satisfaction.

Les travaux commencent en 1767 et s'achèvent en 1769. L'église est consacrée le 9 octobre et le premier curé est nommé.

 

De 1769 à 1919,

Durant les premières années, les procès avec les voisins se succèdent. Les litiges portent sur le territoire communal proprement dit ainsi que sur les « herms », les droits d'usage de la montagne ou de terres limitrophes comme le Castillou. En 1790, la paroisse de Capbis devient une commune républicaine. L'élection de la première municipalité se fait sous la présidence de Bésiat et Pierre Blanchou devient le premier maire. Le territoire de Capbis qui comptait un peu plus de 1000 arpents (environ 380 hectares) du temps de Jacques Boyer a été réduit à 618 arpents (environ 235 hectares) sur le premier livre terrier du canton de Nay datant de 1792.

A partir de 1793, les comptes-rendus des conseils municipaux donnent une image assez fidèle de ce qu'était la vie du village. Ils relatent une succession de disputes, conciliations, procès avec les voisins de Louvie-Juzon, Bruges et Asson. Les différents sont toujours les mêmes : pacage du bétail sur les territoires ou montagnes des uns et des autres, coupes de bois intempestives sur les mêmes terrains, défaut d'entretien par les voisins des routes menant à Capbis.

 Il est vrai que l'économie locale, essentiellement pastorale, est dépendante de l'exploitation maximum de toutes les terres y compris la montagne. Pour la commune de Capbis, peu argentée, tout est bon pour récupérer des ressources : coupes de bois (de charpente, de chauffage, de charbonnage), taxes de pacage et sur la coupe des fougères, vente de cailloux, de gravier, de sable prélevés dans le Beez et le Bazest. 

 A l'issue de divers procès, la matrice cadastrale du territoire de Capbis de 1827 indique une superficie de 117 hectares qui n'a que très légèrement changé depuis (116 hectares aujourd'hui).

L'école est payante. On distingue deux tarifs : le tarif normal et le tarif pour nécessiteux. Chaque année de nouvelles familles demandent à bénéficier du second. Au début des années 1860, l'école comprend une quarantaine d'élèves de Capbis et une vingtaine venant des hameaux voisins. Il n'y a qu'un instituteur qui fait également office de secrétaire de mairie.

De 1864 à 1869, le Conseil Municipal s'enquiert de trouver le bois destiné à remplacer la charpente de l'église. En 1868 il décide la « translation » du cimetière devenu trop petit du côté sud de l'église vers son emplacement actuel. En 1869 les plans de restauration et d'agrandissement de l'église sont votés et les travaux ont lieu durant l'année 1870.

Dans les années qui suivent divers travaux de restauration sont menés au presbytère (actuelle mairie). La grange attenante (côté Sud) est reconstruite en 1877. La même année, 200 francs sont consacrés à l'édification d'une croix en face de l'église. A l'issue de la première guerre mondiale, cette croix deviendra monument aux morts.

 

En 1874, après diverses tractations avec des propriétaires terriens et le curé qui voulait la localiser au presbytère, le terrain de la future école est acheté à M. Bonnassiolle. Les plans et le budget de 8688 francs sont votés en 1875 et les travaux ont lieu en 1876 et 1877. Le bâtiment comporte une salle de classe, un préau, un appartement pour l'instituteur ainsi que la salle de mairie.

On compte 70 élèves à l'école en 1881, puis 73 en 1885 date à laquelle est créée une école des filles au lieu-dit « Aù serrou », dans une maison prêtée par le maire, M. Cousy.  Sur cet effectif, 40 élèves viennent de Capbis et 33 des hameaux voisins. La population du village est alors à son maximum historique avec 235 habitants. La paroisse, avec les hameaux, en compte environ 450.

Le pastoralisme est la principale activité. Les vacances scolaires sont décalées en Septembre et Octobre, les enfants participant aux diverses récoltes durant cette période. A l'activité secondaire de cloutier se substitue progressivement le travail dans les fabriques de chapelets, chez Lacq puis chez Horgues. Toute une économie se met en place, mobilisant aussi bien les hommes que les femmes du village. En amont, les hommes, parfois aidés de leur famille, coupent le buis et le descendent de la montagne. Ces coupes sont alors réglementées par la municipalité pour assurer le renouvellement de la ressource et permettre aux habitants de faire « Lou paü », c'est-à-dire de prélever « le buis nécessaire aux usages domestiques (chauffage, barrières, palissades, râteliers) ». Le buis est ensuite acheminé dans une petite usine actionnée par le Beez, pour être débité en rondelles, puis façonné, percé et décoré sur de petits tours mécaniques, et enfin poli et teint en différentes couleurs. Une main-d’œuvre masculine (mécanique, teinture, manutention) et féminine (tournage) se côtoient dans ces ateliers. Les chapelets ou les grosses, soit douze douzaines de grains, sont enfin assemblés à domicile, essentiellement par des femmes.

En 1889 on construit une pompe à l'école, l'eau étant jusque-là puisée au Bazest.

En 1893, on décide de clôturer le cimetière et de restaurer la chapelle nord. L'année suivante, faute de moyens, l'école des filles est abandonnée et tous les élèves se retrouvent au même endroit.

En 1900, la chapelle Nord est reconstruite et le cimetière est entièrement clôturé. L'ensemble église-cimetière prend le visage que nous lui connaissons aujourd'hui.

De 1902 à 1904, un long procès oppose Capbis à Bruges au sujet des droits sur le lieu-dit Castillou. Finalement emporté par Capbis, le procès n'empêchera pas le règlement des dépens et les diverses chamailleries de se prolonger jusqu'à la guerre de 1914.   

En 1905, la loi de séparation de l'église et de l'état divise profondément le village. En 1907, mise en demeure par le préfet d'appliquer la loi, la municipalité propose au prêtre d'occuper le presbytère à titre gracieux. Puis, à nouveau contrainte en 1908, la municipalité lui loue le logement pour un loyer modique de 25 francs annuels. Finalement, la gendarmerie expulse l'abbé Sedze en 1910. Le loyer du prêtre est alors augmenté, mais des habitants font des contre-propositions.  Après diverses négociations au sein du conseil municipal et avec la préfecture, le prêtre réinvestit les lieux en 1913 pour un loyer annuel de 100 francs.

La guerre survient en août 1914. Sur les dix élus du conseil municipal, cinq se retrouvent au front dont le maire Bonnassiolle.  Sur la trentaine de Capbisois qui partiront à la guerre, neuf ne reviendront jamais. Pendant la durée de la guerre, la municipalité se contentera de gérer les affaires courantes. Il est à noter cependant que, probablement à cause de la mobilisation, pour la première fois une femme occupe le poste d'institutrice et de secrétaire de mairie.

 

De 1919 à aujourd'hui,

Après la guerre la vie reprend son cours. Les registres paroissiaux témoignent de la mort de plusieurs personnes souvent jeunes et de la même famille, décès probablement liés à la grippe espagnole. Dans les années 1920-1930, la population se stabilise autour de 150 habitants et l'école est fréquentée par 35 à 40 élèves, effectif en baisse significative depuis le début du siècle, conséquemment à la saignée de la 1ère guerre mondiale et au début de l'exode rural. L'agriculture est la principale activité et ce sont 20 à 25 familles qui paient les « bacades ».

Leurs troupeaux restent modestes et n'excèdent pas les dix vaches. Cette activité demeure couplée avec celle des chapelets. L'usine Horgues est alors à son apogée et les ventes s'effectuent dans le monde entier, dépassant largement les seuls pèlerinages de Lourdes et de Bétharram. Spécialité de l'usine, le « chapelet musulman » s'exporte vers Constantinople et l'Afrique du Nord. Le buis issu des forêts de Capbis alimente en outre d’autres fabriques de chapelets autour de la vallée de l’Ouzom. Cette activité se poursuivra jusque dans les années 1950, avant que le site ne soit transformé en pisciculture à l'instar d'un autre ancien site industriel du village, le martinet Lalanne. Aujhourd'hui sur les quatre établissements piscicoles implantés sur le Bazes et le Beez, deux sont situés à Capbis.

 

Après la guerre, le village compte alors trois cafés, tous regroupés à moins de 100 mètres de l'église. Ces établissements obtiennent en 1929 l'autorisation de fermer leurs portes à 23 heures.

 

Dans les années 1930, afin de faciliter les déplacements vers Nay, la municipalité tente de faire réaliser les 500 mètres de route manquante entre la boulangerie Lacq et le lieu-dit « Pont d'arroudet ». Des tractations sont entreprises avec le Conseil Général et les communes de Bruges, Louvie-Juzon et Asson dont certains hameaux bénéficieraient également de ce désenclavement. Finalement, Capbis prendra à sa charge 20% des 75800 francs du projet, l'état 30% et le Conseil Général 50%. A cette occasion, une fois de plus, il sera fait appel à la générosité publique.

A noter également qu'en 1933 démarrera un énième procès avec Bruges au sujet, cette fois, de la copropriété du Castillou qui se poursuivra jusqu'en 1939.

 

Au début de la guerre les classes d'âge concernées sont envoyées au front.  Après la débâcle de 1940, plusieurs Capbisois se retrouvent prisonniers et ne retourneront chez eux qu'en 1945. Capbis étant situé en zone libre, de nombreux réfugiés sont accueillis dans la commune. Comme partout en France les Capbisois sont soumis aux rigueurs de la guerre, notamment aux difficultés de ravitaillement avec la mise en place des tickets de ravitaillement.

A partir de juin 1943, un maquis se forme au Pla d'Isou. Il est essentiellement composé de locaux réfractaires au STO, de syndicalistes de la plaine de Nay et de réfugiés venus de diverses régions françaises ou de pays européens occupés. Un autre maquis s'est formé non loin de là, dans le vallon de Durieu à Pédehourat. Il est essentiellement composé de réfugiés républicains espagnols. Au soir du 23 août 1943, la gendarmerie de Nay est attaquée, les maquisards s'emparent des armes et abattent 2 gendarmes. En représailles, les gendarmes et la police française investissent le camp du pla d'Isou préalablement abandonné par le maquis.

 En juin 1944, le maquis a pris de l'importance et une cinquantaine de maquisards se sont installés à l'œil de Béez. Le 19 juin les troupes allemandes venues de Pau s'attaquent aux 2 maquis de Pédehourat et de Capbis. Elles sont tenues en échec, 4 allemands sont tués à Capbis contre aucun maquisard, Le même jour, Pierre Lasserre et son fils Jean, par ailleurs un des meilleurs poètes béarnais de sa génération, sont faits prisonniers. La grange de Maurice Labiste est incendiée. Le 21, les troupes d'occupation sont de retour à Capbis. Fernand Lacure est arrêté et exécuté sur le chemin menant à Bruges. Le 26 juin une opération d'envergure est déclenchée par les allemands, Un détachement d'environ 200 hommes, lourdement armés, s'attaque aux maquis français et espagnols. Il y a plusieurs morts dans chaque camp. Dans les jours suivants, les opérations se poursuivent en vallée de l'Ouzoum. Il faut noter également que pendant ces journées, plusieurs familles de Capbis ont été retenues en otage pendant la perquisition de leur ferme par les soldats allemands.

 Après le départ définitif des occupants, Pierre et Jean Lasserre sont soupçonnés d'avoir été relâchés afin de servir de guides aux allemands lors des opérations du 26 Juin. Ils sont assassinés par les maquisards espagnols le 25 juillet 1944, dans sa maison pour Pierre et à la ferme Soumassiére pour Jean. Les deux filles de Pierre, Adèle et Annie, âgées respectivement de 16 et 12 ans, arrivent à fuir leur maison au matin du 25. Elles resteront cachées par des habitants du village pendant plusieurs semaines avant d'être recueillies par leur famille à Cauterets. Le dernier fils Lasserre, André, militaire dans les forces françaises libres, mourut en Alsace en novembre 1944 aux commandes de son char.

 

Après la guerre la vie reprend son cours. En 1942 est arrivée Mlle Sourrouilhe qui sera l'inamovible institutrice et secrétaire de mairie jusqu'en 1972. Il reste 2 cafés jusqu'à l'incendie qui, en 1948, détruit le café Berdoulay et emporte son propriétaire. En 1953 l'électricité arrive dans la commune. Il faudra attendre 1965 pour obtenir l'eau courante. La dernière épicerie ferme au début des années 1960, elle est remplacée par des commerçants ambulants venant hebdomadairement des communes voisines qui eux-mêmes cesseront leurs activités à la fin des années 1970, victimes de l'âge et des grandes surfaces.

 La fête patronale a lieu le 15 août. Après la messe, l'orchestre formé de musiciens locaux s'installe pour l'après-midi et la soirée devant la café Ithurbide.

 Les effectifs de l'école déclinent parallèlement à la population pour passer d'environ 35 élèves au début des années 50 à une vingtaine vingt ans plus tard.

 De plus en plus les paysans doublent le travail à la ferme avec un emploi dans les usines ou entreprises artisanales des alentours.

 

En 1972, la population est consultée et accepte que la commune s'associe avec ses deux voisines pour former la commune de Bruges-Capbis-Mifaget. Au départ, l'ensemble du Conseil Municipal des trois communes siège à Bruges jusqu'au renouvellement de 1977. A cette date Jean Crouxet est élu maire délégué de Capbis et seul représentant au Conseil Municipal de la nouvelle commune. En 1983, Jean Desaunois lui succédera jusqu'à son décès en mai 2011.

Le dernier café ferme ses portes en 1980. Le dernier instituteur résident, Joseph Labat, quitte l'école en 1984, celle-ci fermant définitivement en 1985.  Au début des années 1990 le bâtiment sera vendu afin de financer la restauration du presbytère qui deviendra mairie annexe au rez-de-chaussée et appartement à l'étage.

La fête locale interrompue depuis 1968 reprend en 1984 avec une spécification fête aérienne jusqu'à la fin des années 1990. En 1992 est créée l'association « Toustem Capbis » qui s'occupe de la fête et de diverses manifestations tout le long de l'année.

Au dernier recensement officiel datant de 2014, la commune associée de Capbis compte 89 habitants.